Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a livré une réflexion puissante sur les mutations du crime organisé et les vulnérabilités contemporaines des démocraties. Lors de cette conférence consacrée aux rapports entre mafias et institutions, organisée notamment avec le Laboratoire de la République, il a appelé à défendre l’indépendance de la justice et à repenser les instruments politiques face à des organisations criminelles désormais pleinement intégrées à la mondialisation économique.
Invité à l’Université Panthéon-Assas, l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano a donné une conférence exceptionnelle intitulée La démocratie face au crime organisé. Organisée en partenariat avec le Laboratoire de la République, Italia France Future et Assas Perspectives, la rencontre a été co-modérée par Francesco Martucci et Jean-Michel Blanquer.
Devant un amphithéâtre comble, Roberto Saviano a livré une analyse dense et engagée des mutations contemporaines du crime organisé et de leurs effets sur les institutions démocratiques en Europe et à l’échelle internationale.
Une parole forgée par l’expérience
Né à Naples en 1979, auteur de Gomorra, enquête majeure sur la Camorra napolitaine, Roberto Saviano vit depuis près de vingt ans sous protection policière permanente en raison des menaces qui pèsent sur lui. Cette situation singulière confère à son intervention une force particulière : son analyse du phénomène mafieux est à la fois intellectuelle et existentielle.
Revenant sur son dernier ouvrage consacré au juge Giovanni Falcone, assassiné en 1992, il a rappelé combien la lutte contre les mafias se joue d’abord sur le terrain économique et financier. Falcone, a-t-il souligné, avait compris que l’arme décisive résidait dans la traque des flux et des patrimoines plutôt que dans la seule répression pénale.
L’indépendance de la justice comme ligne de front
Une part importante de la conférence a été consacrée à la comparaison entre les systèmes judiciaires italien et français. Roberto Saviano a insisté sur l’indépendance institutionnelle de la magistrature italienne, qu’il considère comme un rempart essentiel face aux pressions politiques et criminelles. À ses yeux, toute fragilisation du parquet ouvre un espace aux organisations mafieuses, dont la stratégie première consiste à neutraliser les contre-pouvoirs.
Au-delà des différences juridiques, il a défendu une idée simple : sans magistrature indépendante, il n’y a pas de démocratie capable de résister durablement aux logiques de corruption.
Des mafias transformées, plus diffuses, plus intégrées
Roberto Saviano a ensuite décrit la profonde mutation des organisations criminelles. Moins enclines à la violence spectaculaire, celles-ci privilégient désormais l’infiltration économique, la corruption administrative et la délégitimation progressive des institutions. L’objectif n’est plus d’affronter l’État, mais de le contourner, voire de le rendre superflu.
Il a évoqué les pratiques d’achat de votes, la personnalisation extrême des promesses politiques et la réduction du débat public à une logique transactionnelle. Les mafias, selon lui, prospèrent là où la confiance collective s’effondre et où la politique se réduit à la gestion d’intérêts particuliers.
La conférence a enfin mis en lumière la dimension internationale du crime organisé : circulation des capitaux, zones grises fiscales, affaiblissement des États fragiles. Roberto Saviano a souligné que les mafias exploitent les failles de la mondialisation économique avec une agilité que les démocraties peinent à égaler. Il a également mis en garde contre certaines politiques de sanctions ou de fermeture brutale des marchés, susceptibles de renforcer paradoxalement les réseaux criminels les plus structurés.
Défendre la démocratie par la lucidité
En conclusion, Roberto Saviano a posé une question centrale : les démocraties européennes disposent-elles encore des instruments intellectuels et institutionnels pour faire face au crime organisé ? Sa réponse tient en un appel à la lucidité : comprendre les mécanismes financiers, défendre l’indépendance de la justice et réhabiliter une ambition réformiste capable de retisser la confiance collective.
Plus qu’un diagnostic, son intervention aura constitué une invitation à penser la démocratie non comme un acquis, mais comme un équilibre fragile, à défendre face à des organisations criminelles devenues expertes dans l’art d’en exploiter les failles.
https://youtu.be/OsqRjgKX60M
Dans cette cinquième note de notre série consacrée aux élections municipales, Olivia Leboyer, docteure en science politique et enseignante à Sciences Po Paris, analyse l’état de la confiance dans la démocratie locale. À partir des données du CEVIPOF et de travaux récents sur la confiance politique, elle interroge le rôle singulier du maire dans un contexte de défiance généralisée, de transformation des règles électorales et d’attentes citoyennes croissantes.
Le constat est paradoxal : la défiance envers le personnel politique atteint des niveaux élevés (seuls 20 % des sondés estiment que les responsables politiques essaient de tenir leurs promesses et la confiance dans les partis demeure marginale) mais les élus locaux continuent de bénéficier d’un capital de confiance nettement supérieur. La proximité, l’accessibilité et l’ancrage territorial expliquent en partie cet écart. Pourtant, cette relation repose sur un équilibre fragile. En mobilisant les apports de la philosophie politique et de la sociologie, d’Hobbes à Niklas Luhmann et Martin Hartmann, Olivia Leboyer rappelle que la confiance n’est pas un état acquis mais une pratique, une construction dynamique toujours exposée à son envers : la défiance.
La figure du maire demeure centrale dans une France composée majoritairement de petites communes. Toutefois, plusieurs évolutions fragilisent cet équilibre : professionnalisation et exigence accrue des mandats, faibles rémunérations, recul des profils notabiliaires traditionnels, interdiction du cumul des mandats. Dans un contexte international anxiogène, les citoyens projettent sur les maires des attentes fortes, notamment sur des enjeux comme l’insécurité, la santé ou les finances publiques ; des domaines qui relèvent en grande partie du niveau national. Ce décalage nourrit un risque de malentendu démocratique.
Enfin, la note met en lumière les effets institutionnels et communicationnels susceptibles d’influencer les municipales de 2026 : extension de la prime majoritaire dans les petites communes, application de la réforme PLM à Paris, Lyon et Marseille, statut encore fragile des élus d’opposition. À cela s’ajoute l’évolution des campagnes locales, de plus en plus marquées par le storytelling et les formats numériques courts. Pour l’auteure, la démocratie municipale devrait au contraire rester un espace de délibération concrète et d’échange horizontal, condition essentielle pour retisser la confiance dans une société fragmentée.
Olivia Leboyer est docteur en science politique et enseignante à Sciences Po Paris.
Municipales 2026 - La confiance en questionTélécharger
Au Minnesota, les opérations menées par l’agence fédérale ICE dépassent désormais la seule question migratoire. Entre raids spectaculaires, morts survenues lors d’interventions armées d'ICE, conditions de détention dénoncées et affrontements ouverts avec les autorités locales, l’Administration Trump semble tester les limites de l’État de droit. Et si cet État progressiste du Midwest était en train de devenir le terrain d’expérimentation d’un pouvoir exécutif sans contrepoids, un véritable « laboratoire de l’autocratie » ? Une analyse de Vincent Michelot, professeur d’histoire politique des États-Unis à Sciences Po Lyon.
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