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Israël, Ukraine : la désinformation, nouvelle arme de la terreur

par Chine Labbé le 27 octobre 2023
La publication de fake news sur les réseaux sociaux après l'attaque terroriste en Israël du samedi 7 octobre 2023 remet en lumière l'enjeu démocratique crucial de la vérification des informations. Chine Labbé, rédactrice en chef, Europe, chez NewsGuard, une société américaine qui évalue la fiabilité des sites d'information et d'actualité, analyse le nouvel environnement de l'information et explore des pistes de solutions.
Le Laboratoire de la République : Depuis l'acquisition en 2022 de Twitter (devenu X) par Elon Musk, de nombreux commentateurs estiment qu'une détérioration de la qualité de l'information est sensible sur le réseau. Est-ce le cas ? Pourquoi ? Chine Labbé : Vous posez la question d'une détérioration de la qualité de l'information sensible sur le réseau. Ce que je dirais, c'est qu'il y a eu des changements de règles de la plateforme qui ont contribué à une perte de lisibilité de l'information. Qu'est-ce que j'entends par là ? Et quel changement de politique en particulier ? Le premier, le plus important, c'est le changement de politique lié à la coche bleue sur X, autrefois Twitter. Cette petite coche bleue qui autrefois était adossée aux comptes qui étaient soit des comptes notoires, des comptes d'intérêts publics, des comptes authentiques reconnus par la plateforme comme tel. Aujourd'hui, cette coche bleue est disponible sur abonnement. Il suffit de payer pour l'avoir. Elle offre aux clients qui s'en saisissent, une visibilité plus grande sur la plateforme. Les contenus sont promus et ont une apparence de légitimité pour les internautes qui ne comprendraient pas finalement à quoi correspond cette politique et à quoi correspond cette coche bleue. De nombreux colporteurs d'Infox connus se sont saisis de cette coche bleue. Aujourd'hui, ils diffusent et s'en servent pour diffuser de manière beaucoup plus efficace, et avec ce semblant de légitimité, leurs fausses informations sur la plateforme. On l'a observé pour des sujets comme les vaccins, la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Et malheureusement, cela se confirme avec le conflit entre Hamas et Israël. Deuxième changement de politique qui est important de mentionner et qui a contribué à cette perte de lisibilité, c'est le retrait des labels sur les comptes qui appartiennent à des médias d'État qui diffusent de la désinformation. Autrefois, vous aviez un petit label qui disait « média » appartenant à un État. Et puis, ces labels ont disparu. Dans les semaines qui ont suivi le retrait de ces labels, on a observé un pic de l'engagement avec ces comptes. C'est-à-dire que les partages, les likes, ces contenus ont été beaucoup plus viraux. On a fait un rapport chez NewsGuard sur ce sujet précisément et dans le détail, on a observé une augmentation de l'engagement avec des comptes appartenant à des médias d'État russes, chinois et iraniens en anglais. On a vu l'engagement avec ces comptes bondir de 70% dans les semaines qui ont suivi ce changement de politique. Le dernier point que j'aimerais souligner, c'est que Twitter a, semble- t- il, diminué de manière drastique ses équipes de modération des contenus et liées au suivi de ce qui se passe en termes de désinformation sur la plateforme. Twitter s'est retiré du code de bonnes pratiques contre la désinformation de l'Union européenne, auquel nous, nous sommes signataires chez NewsGuard. Donc, autant de signaux qui sont évidemment inquiétants. Le Laboratoire de la République : A la suite de l'attaque terroriste du Hamas sur Israël, des fausses informations ont été fortement relayées sur le réseau et sur internet. Quel regard portez-vous sur la qualité de l'information partagée lors de ce drame ? Chine Labbé : Ce dont on s'est aperçu très rapidement, le samedi 7 octobre, jour de l'attaque du Hamas contre Israël, c'est que les réseaux sociaux et les sites Internet ont été inondés de fausses informations. Trois jours seulement après l'attaque du Hamas, nous avions recensé 14 fausses informations qui avaient rassemblé 22 millions de vues sur X, sur TikTok et sur Instagram. Aujourd'hui, une semaine plus tard, on a déjà recensé et décrypté une vingtaine de fausses informations. Ça va très vite. Ce qu'on observe, ce sont à la fois des techniques bien connues qu'on a observées déjà lors de la guerre en Ukraine, des images, des vidéos qui vont être sorties de leur contexte ou qui vont être présentées comme appartenant à ce conflit alors qu'en fait elles sont issues d'autres conflits, d'autres terrains de guerre. On va observer aussi des images de jeux vidéo qui vont être présentées comme réelles et comme ayant été prises lors de ce conflit. On a des documents falsifiés, tout simplement photoshoppés, des mémos de la Maison Blanche, par exemple. Donc des techniques assez simples, assez artisanales, mais qui font déjà beaucoup de dégâts.Et ce qui est assez incroyable aussi, c'est de constater que certaines images vont être utilisées pour nourrir à tort des récits faux, parfois de manière contradictoire, pour nourrir des récits qui disent l'inverse. Je vous donne un exemple. On a cette image qui a circulé d'un enfant au sol dans une flaque de sang, qui a été présentée par certains comme la preuve qu'Israël mettait en scène la mort d'enfants israéliens, et de l'autre qui avait pu être présenté comme la preuve que le Hamas mettait en scène la mort d'enfants palestiniens. Les deux sont faux. Les deux récits sont faux. Cette image, en fait, elle est extraite d'un court- métrage qui a été tourné bien avant la guerre entre Israël et le Hamas. Et donc, ce sont des images juste des coulisses d'un film. Mais donc, ça montre bien à quel point l'instrumentalisation d'images qui n'ont rien à voir avec le conflit peut aller très vite. Ça prend du temps pour nous, journalistes, de vérifier l'information, d'arriver à voir ce qui est faux ou ce qui est juste pour l'instant non prouvé ou sorti de son contexte ou trompeur, etc. Ça prend du temps à l'expliquer et la difficulté, évidemment, c'est cette course contre la montre pour essayer de prouver qu'une chose est fausse ou véritable, alors même qu'elle est déjà virale sur les réseaux sociaux.Quelques petits éléments qu'on peut mentionner, c'est malheureusement la forte présence des enfants dans les fausses informations qui circulent, des enfants, des bébés. Pourquoi ? Parce qu'on sait que c'est très sensible. Ça nous touche tous au plus profond. Les contenus les plus viraux relayant de fausses informations sont malheureusement souvent des images d'enfants. Pour contrer ces fausses informations, nous sommes allés vérifier les informations au fur et à mesure, au plus vite. Nous avons renseigné les internautes sur les sources qu'ils lisent, que ce soit des sites Internet, des comptes sur les réseaux sociaux. Pourquoi c'est important ? Parce que les colporteurs de fausses informations sont souvent des multirécidivistes. Ceux qui diffusaient de fausses informations sur l'Ukraine, qui diffusaient auparavant de fausses informations sur le Bataclan, qui diffusaient auparavant de fausses informations sur la guerre en Syrie, s'engouffrent dans la brèche et diffusent aujourd'hui de fausses informations sur ce qui se passe au Proche-Orient. C'est important de les identifier pour pouvoir surveiller leurs récits et aller les décrypter au fur et à mesure. On voit depuis le début du conflit des techniques assez artisanales, finalement, des images qui sont bien réelles, mais juste sorties de leur contexte ou présentées à tort, ou on va avoir des vidéos qui vont être switchées et titrées dans une autre langue avec une fausse traduction, mais la vidéo, elle est bien correcte. Ces choses- là, bien artisanales, font déjà beaucoup de mal. Donc, ce que l'on craint, évidemment, c'est ce qui va se passer quand, si, des images créées de toute pièce par intelligence artificielle commencent à inonder nos réseaux, puisque là, ça sera d'autant plus difficile de répondre. Le Laboratoire de la République : Le commissaire européen Thierry Breton a menacé le réseau social X de sanctions. L'Union Européenne a-t-elle aujourd'hui les moyens de ses ambitions en matière de régulation des contenus sur les réseaux ? Chine Labbé : Moi, je suis journaliste, donc ce n'est pas trop ma place d'aller commenter les textes de loi et l'effet positif ou négatif qu'ils peuvent avoir. Ce que je peux dire en tout cas, c'est qu'effectivement, depuis plusieurs années, l'Union européenne se dotte de nouveaux outils pour combattre cette nouvelle menace. Mais tout ne doit pas venir de la régulation. Il y a toujours la question de la transparence des plateformes, notamment en ce qui concerne les algorithmes de recommandations. Quels contenus deviendront viraux et pourquoi ? Il est nécessaire que des entreprises comme la mienne puissent donner des suppléments d'information aux internautes. Les internautes doivent avoir des informations sur les sources qui leur donnent des informations. Ils doivent également apprendre à lire ces informations, avoir une lecture latérale. Quand une information apparait suspecte, il faut faire l'effort d'aller regarder ailleurs. La multiplication des contenus rend la tâche très difficile de tout vérifier. Les internautes doivent apprendre la résilience à la désinformation. Cela passe par l'éducation aux médias. Toutes les classes d'âge sont concernées. Beaucoup de désinformations sont relayées par les personnes âgées. https://youtu.be/59Vh7KfLYIs

Superposition des conflits

par Jean-François Cervel le 25 octobre 2023
La nouvelle phase du conflit entre les Palestiniens et les Israéliens, déclenchée par l'attaque du territoire israélien par le Hamas le 7 octobre 2023, met en évidence de manière particulièrement brutale la complexité, les points communs et la superposition des conflits qui caractérisent l'actuel paysage mondial. Jean-François Cervel, ancien inspecteur général de l'Éducation nationale, ancien directeur du Cnous (Centre national des oeuvres universitaires et scolaires) et membre de la commission Défi géopolitique, met en lumière les niveaux de conflictualité qui assombrissent le monde.
La nouvelle phase de la guerre entre Palestiniens et Israéliens ouverte par l’attaque du territoire israélien par le Hamas, le 7 octobre 2023, donne un éclairage particulièrement brutal sur la superposition de conflits qui caractérise le paysage mondial actuel.La situation sur ce théâtre particulier d’opérations est, en effet, tout à fait révélatrice des quatre niveaux de conflictualité qui se manifestent un peu partout à travers le monde.Le premier niveau est celui de l’affrontement territorial local. En l’occurrence il s’agit de la bataille pour le territoire de cette région comprise entre la Méditerranée et l’axe Tibériade-Jourdain-Mer Morte.Le deuxième niveau est celui de la guerre de religion lancée par les islamistes radicaux contre les juifs et les occidentaux considérés globalement comme « chrétiens ».Le troisième niveau est celui de l’affrontement, plus traditionnel, des puissances qui soutiennent, respectivement, les différents protagonistes des conflits territoriaux et qui essaient de profiter de toutes les circonstances pour répondre à leurs propres intérêts et se développer.Le quatrième niveau est celui de l’affrontement de systèmes qui est clairement affiché par le bloc des pays totalitaires contre le « modèle » occidental et ses valeurs.Ces quatre niveaux de conflictualité se conjuguent ou se mêlent, selon les lieux, de manière complexe, mais génèrent une extrême montée en tension des relations internationales.Le premier niveau est, effectivement, celui des conflits de territoires. Le conflit territorial c’est le conflit traditionnel, celui qui a alimenté les guerres tout au long de l’histoire de l’humanité, sur tous les théâtres géographiques. On le trouve évidemment à l’origine du conflit israélo-palestinien. Comment se partager ce territoire de la Palestine ? L’absence de réponse définitive à cette question, posée dès l’origine, continue à alimenter le conflit plus de 75 ans après la création de l’état d’Israël.Le territoire est, évidemment, un élément de la nationalité et de l’identité. Et c’est cette logique de l’affrontement des nationalismes que l’on retrouve dans une série d’autres conflits, celui entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, celui entre la Serbie et la Bosnie et entre la Serbie et le Kosovo, celui entre la Russie et l’Ukraine et ceux qui perdurent en différents autres lieux de la planète. C’est l’affrontement entre l’Inde et le Pakistan au sujet du Cachemire. C’est aussi la présence coloniale de la Chine au Tibet et au Xin Jiang….Le conflit de territoire concrétise l’affirmation de l’identité, de la différence, l’opposition avec l’autre qui ne partage pas ma culture et donc ma vision du monde. Il s’agit de vaincre l’autre, de le dominer voire de le détruire. Et, dans cette logique là, tout est permis, épuration ethnique et massacre de masse. L’actualité ukrainienne, arménienne et israélienne en porte à nouveau tragiquement témoignage, après bien d’autres.Et ces différentes affirmations identitaires sont, le plus souvent, marquées par une appartenance religieuse ou une position politique vis-à-vis de la religion.Ainsi, la défense de la cause palestinienne, la volonté d’établir un territoire pour les palestiniens, est devenue, très vite, la lutte de l’islam contre le judaïsme. Ce ne sont plus les Israéliens que l’on combat mais ce sont les juifs.Le deuxième niveau de conflictualité est donc celui de la guerre de religion.C’est une guerre que les islamistes ont lancée contre les juifs et ceux qu’ils appellent les chrétiens, voire les croisés. Elle a été marquée par la révolution de 1979 mettant en place une théocratie chiite à la tête de l’Iran en renversant le régime du shah favorable à une modernisation à l’occidentale. Elle a été ensuite marquée par le développement d’organisations de combat ayant explicitement pur but de conduire le djihad, la guerre sainte. Al-Qaïda d’abord puis l’Etat Islamique ont pour objectif de frapper les « mécréants » partout où ils se trouvent et d’abord de faire disparaître les chrétiens et les juifs du Proche-Orient en recréant un grand califat. Elle a été marquée par la création du Hamas et du Hezbollah, respectivement à Gaza et au Liban, qui ont islamisé la guerre des Palestiniens contre Israël. De même, la guerre des serbes contre les bosniaques est devenue une guerre des chrétiens orthodoxes contre les musulmans. Et il en est de même pour la guerre des Azerbaïdjanais, soutenus par la Turquie, contre les Arméniens.Cette guerre religieuse est menée par les islamistes radicaux contre tous ceux qui ne professent pas la religion musulmane. Elle a pris la forme d’attentats terroristes multiples dans les pays occidentaux. Celui lancé contre les Twin Towers de New York et d’autres objectifs aux Etats-Unis, le 11 septembre, a généré des guerres de représailles américaines, en Irak et en Afghanistan, qui ont déstabilisé ces pays et renforcé l’affichage de cette dimension d’affrontement religieux. Cette guerre là se poursuit avec de multiples actes terroristes répétés dans la plupart des pays occidentaux. La France en a été plus particulièrement la victime depuis des décennies, jusqu’aux assassinats symboliques de professeurs en 2020 et 2023. Cette guerre se développe aussi sur d’autres théâtre d’opérations et notamment en Afrique, tant à l’Est que dans l’ensemble de la zone sahélienne. Elle utilise de multiples réseaux et relais et sait mobiliser des foules manipulées et fanatisées, dans tous les pays musulmans.Le troisième niveau est l’affrontement de puissance entre les Etats-nations du monde. Tous les Etats-nations du monde essaient, chaque fois qu’ils en ont l’occasion, d’augmenter leur puissance. C’est vrai pour les « grandes puissances » et c’est vrai aussi pour des puissances moins importantes qui utilisent toutes les circonstances pour développer leur influence et leur pouvoir, notamment dans leur environnement régional.En ce qui concerne les « grandes puissances » c’est aujourd’hui l’affrontement entre la Chine et les Etats-Unis qui est central, même si la Russie continue à vouloir être un acteur majeur dans ce registre.La Russie et la Chine essaient de développer au maximum leurs capacités pour s’opposer à la puissance dominante américaine. Elles le font en étendant leur réseau sur toute la planète, réseau économique et financier pour la Chine, symbolisé par le grand programme des « routes de la soie », réseau militaire et politique pour la Russie. Elles le font en exploitant toutes les situations de crises internationales, en soutenant systématiquement tous les pays et mouvements susceptibles d’être hostiles aux intérêts occidentaux. L’exemple de la Syrie et de nombreux états africains ou sud-américains en témoigne. Elles exploitent systématiquement la mémoire de la colonisation.Quant aux puissances moyennes ou en émergence, elles profitent des situations de tension pour développer leur influence et répondre à leurs intérêts. Elles n’hésitent pas à jouer sur tous les tableaux chaque fois qu’il s’agit d’en tirer avantage. Ainsi la Turquie, l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Egypte utilisent elles le conflit israélo-palestinien pour défendre leurs intérêts propres dans la région proche orientale. L’Inde, le Brésil, la Turquie ou l’Arabie Saoudite font de même à l’occasion de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.Le quatrième niveau d’affrontement fait, en quelque sorte, la synthèse des trois précédents. C’est l’affrontement de système, quelque fois qualifié, par les acteurs eux-mêmes, de conflit de civilisation. Le président russe affirme que, dans sa guerre contre l’Ukraine, il défend un certain modèle de civilisation, contre la civilisation occidentale décadente. Les dirigeants du parti communiste chinois font la liste de tous les défauts du système occidental pour démontrer combien celui qu’il propose est meilleur. Quant aux dirigeants islamistes, ils estiment que seule la loi de l’Islam doit s’imposer partout et qu’il faut faire disparaître le « modèle » occidental impie.Ces régimes veulent à la fois faire disparaître la domination occidentale dont ils ont historiquement souffert et le système libéral et démocratique que les Européens et les Américains ont mis en place au cours des deux derniers siècles.Le discours du président chinois au récent forum des routes de la soie ( 18 octobre 2023 publié par Grand Continent 19/10/2023 ) qui fait l’apologie de cette initiative chinoise ( Belt and road initiative ) lancée en 2013, est particulièrement révélateur de la démarche engagée, à long terme, par le régime communiste. Il se présente comme un plaidoyer vibrant pour l’ouverture mondiale, les échanges et la coopération au service de la paix et de la prospérité pour tous, vers un avenir radieux de tous les pays du monde, devenus amis et partenaires. Pas un mot d’aucune des guerres en cours, sinon pour dénoncer ceux qui sont pour les sanctions, la confrontation idéologique et la politique des blocs…..Ce discours d’ « impérialisme bienveillant » occulte totalement toute dimension politique et militaire. Il a été prononcé en présence des représentants de 140 états dont Vladimir Poutine, sans que la guerre contre l’Ukraine soit évoquée et devant deux dirigeants de pays européens ( Hongrie et Serbie ) qui accueillent à bras ouverts les investissements chinois…..Le bloc des régimes qui veulent détruire le modèle occidental – et notamment l’axe Pékin-Moscou-Téhéran - utilise les trois autres niveaux de conflits pour conquérir des espaces nouveaux et pour affaiblir au maximum les pays occidentaux. La présence militaire russe en Syrie, au Sahel ou en République centre-africaine, la présence chinoise dans tous les pays, sur tous les continents, en témoignent. En dépit du discours chinois d’ouverture universelle, ces pays anti-occidentaux renforcent tous les jours leur alliance de manière à constituer un bloc autonome, capable de contourner sans difficulté toutes les sanctions occidentales et d’attirer à lui un maximum d’autres pays se prétendant non-engagés. Les « BRICS » comme l’Organisation de coopération de Shangaï sont autant de modalités d’organisation visant à lutter contre l’occident. Ils n’hésitent pas à soutenir les dictatures les plus totalitaires comme la Corée du Nord de la dynastie des Kim et ses menaces militaires permanentes.Cette superposition des niveaux de conflictualité permet le libre cours de tous les rapports de forces et des formes de violences les plus extrêmes telles qu’on les voit se manifester sur un grand nombre de théâtre d’affrontements pour la plus grande souffrance des populations victimes de la barbarie.Un tel panorama ne peut que forcer à des conclusions claires pour ce qui concerne la France et l’Europe.Plus que jamais, il faudrait, une gouvernance mondiale pour affronter les problèmes globaux qui se posent à l’humanité. Or, malgré les discours lénifiants du dirigeant chinois, nul aujourd’hui ne veut faire fonctionner efficacement le dispositif des nations unies. Le conseil de sécurité est constamment bloqué par les vetos antagonistes des grandes puissances opposées, directement engagées dans tous les niveaux de conflits.Face à cette situation, il faut clairement se placer dans une perspective de préparation à la guerre.Nous sommes en guerre contre un ensemble de forces et de pays qui veulent nous dominer et imposer leur vision totalitaire du monde même si leurs modèles totalitaires sont différents et parfois antagonistes.Pour pouvoir mener cette guerre, il faut renforcer l’alliance de tous les pays de démocratie libérale. Unité européenne d’abord, union avec les autres démocraties libérales dans le monde et au premier chef les Etats-Unis d’Amérique dans le cadre de l’OTAN ensuite. Aucun pays européen, seul, n’est en capacité de peser sur la marche du monde. Seule une Europe exerçant les moyens de souveraineté pourrait le faire. C’est tout l’enjeu des prochaines élections européennes que de décider de cette montée en puissance.Pour pouvoir mener cette guerre, il faut donner la priorité absolue au développement scientifique et technologique seul en capacité de fournir les moyens de la gagner. C’est sur ce terrain que se placent nos ennemis et sur lequel il est vital de ne pas se laisser dépasser.C’est seulement si l’Europe est puissante et capable& de résister aux attaques des régimes qui veulent détruire le modèle occidental que nous pourrons peser sur le traitement des problèmes du monde, qu’il s’agisse des différents niveaux de conflictualité ou qu’il s’agisse de la réponse à la crise environnementale par la mise en œuvre d’un programme de développement durable déterminant pour l’avenir de l’humanité.

Marseille : la cause arménienne est l’affaire de tous

le 20 octobre 2023
La mobilisation arménienne du 19 octobre a permis le lancement de l'antenne du Laboratoire à Marseille. Des chercheurs, élus, associations et citoyens se sont réunis pour échanger sur la situation de l'Arménie après l'agression du Haut-Karabagh. En présence de Pascal Chamassian, responsable Amnésie internationale - Jeunesse Arménienne de France, Taline Papazian, docteur en science politique, enseignante à Sciences Po Aix et directrice de l'ONG Armenia Peace Initiative et la députée Anne-Laurence Petel, présidente du groupe d'amitié France-Arménie à l'Assemblée nationale.
https://youtu.be/HLwBJmlciV0 Prise de parole d'Anne-Laurence Petel, députée des Bouches-du-Rhône et présidente du groupe d'amitié France-Arménie à l'Assemblée nationale

Extension du domaine de la guerre

par Jean-François Cervel le 7 avril 2023 Cervel
Jean-François Cervel, ancien inspecteur général de l'Éducation nationale, ancien directeur du Cnous (Centre national des oeuvres universitaires et scolaires) et membre de la commission géopolitique du Laboratoire de la République nous éclaire sur la situation géopolitique d'aujourd'hui. Selon lui, l’évolution des évènements internationaux au long des dernières semaines confirme l’inéluctable montée d’une logique d’affrontement entre le bloc des démocraties libérales et le bloc des régimes totalitaires.
Vladimir Poutine vient de dire clairement quels étaient ses objectifs lorsqu’il a engagé la guerre contre l’Ukraine. Par-delà les occupations territoriales, il s’agissait d’empêcher que l’Ukraine ne rejoigne le camp des démocraties libérales. Il s’agissait de défendre le camp des valeurs traditionnelles contre le camp de la décadence occidentale. Il s’agissait de réintégrer l’Ukraine dans le giron du grand Empire euro-asiatique défenseur de l’ordre traditionnel. Comme la Biélorussie, l’Ukraine devait redevenir une province de cet empire anti-libéral, de même que les Etats du Caucase et la Moldavie. L’ennemi de Vladimir Poutine, c’est l’Occident libéral. Il affirme clairement qu’il s’agit d’un affrontement global, de puissances, de systèmes et de valeurs. C’est lui qui le dit, démentant ainsi le discours des « réalistes » occidentaux essayant de trouver des excuses à la guerre engagée par le pouvoir russe contre l’Ukraine. Les actions de déstabilisation menées contre la Géorgie et la Moldavie afin de s’opposer à la volonté d’une majorité des populations de ces pays de rejoindre l’Union européenne, s’inscrivent dans le droit fil de cette volonté. La Russie a entamé une guerre complète et inexpiable contre l’Occident libéral considéré comme un ennemi global. En témoignent outre la mise en œuvre d’une guerre particulièrement destructrice, des décisions symboliques comme le retrait de la Russie du processus de Bologne en matière de diplômes d’enseignement supérieur ou la réaffirmation d’une « politique éducative patriotique ». La décision qui a été prise par Vladimir Poutine d’engager une guerre de destruction massive en Ukraine apparait donc clairement comme une décision stratégique. Le conflit sera, de ce fait, de longue durée et la Russie s’organise pour développer son économie de guerre à long terme autour des ressources énergétiques, du complexe militaro-industriel et de ses alliances internationales. Elle bénéficie pour cela, en effet, de ses relations chaque jour renforcées avec l’ensemble des régimes totalitaires qui affichent la même hostilité au système de valeurs libérales au premier rang desquelles le parti communiste chinois et le régime islamique iranien. Le parti communiste chinois vient de réaffirmer clairement son dispositif de dictature en renforçant sa mainmise sur l’ensemble de l’appareil d’Etat et sur l’ensemble du tissu économique. Dans la plus totale opacité, de nouveaux dirigeants ont été désignés par les instances du Parti et le pouvoir sans partage de Xi Jin Ping a été encore renforcé. Son discours a été aussi d’une grande limpidité. Il est violemment et intégralement anti-libéral, sur tous les plans, économique, politique, culturel, idéologique. Il veut un nouvel ordre mondial, dirigé selon les règles du système dictatorial chinois. Ce discours n’est pas nouveau puisque les dirigeants chinois l’affichent depuis longtemps mais il est réaffirmé avec la plus grande brutalité. L’Iran a rejoint cet axe russo-chinois et développe ses liens avec ses deux grands partenaires comme en témoignent les accords signés en matière économique et militaire et les déplacements des plus hauts dirigeants dans chacun de ces pays. Cet ensemble étend à très grande vitesse sa mainmise sur le reste du monde en s’appuyant sur ses états vassaux déjà existants et en faisant basculer dans son camp nombre de pays qui se voulaient non-alignés. Comme à l’époque de la guerre froide une compétition acharnée est engagée sur tous les continents entre le bloc totalitaire et le bloc occidental. Sous prétexte de « désoccidentaliser » le monde, les puissances totalitaires installent leur propre domination en Afrique, en Asie, en Amérique latine. Les provocations militaires de la Corée du Nord participent de cette pression sur l’occident de même que l’aide à la nucléarisation de l’Iran. L’accord qui vient d’être signé, à Pékin, ce vendredi 10 Mars, entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, sous l’égide de la Chine, témoigne de manière aveuglante de ce rapprochement entre régimes autoritaires, autour de la Chine, contre les Etats-Unis et l’occident. Mohamed ben Salman a choisi son camp, celui des régimes totalitaires. Ce n’est pas une surprise puisqu’il partage leur idéologie et qu’il avait déjà montré tout le mépris qu’il a pour les valeurs occidentales et pour les Etats-Unis. Mais c’est une alerte majeure pour les occidentaux et notamment pour les Etats-Unis alliés traditionnels des pays de la péninsule arabique puisque l’Arabie, comme la Turquie avant elle, n’hésite pas, désormais, à acheter des armes chinoises sophistiquées. La pression est donc présente partout. La France la subit, au premier chef, en Afrique mais l’Europe est en première ligne notamment tout autour de la Méditerranée et au Proche-Orient. Dans ce contexte, pouvons-nous continuer à être dans une logique sinon de coopération internationale - comme pendant toute la période dite de « mondialisation » - mais au moins de coexistence pacifique comme semble le défendre le pouvoir chinois ? Quand les pays totalitaires manifestent une telle volonté d’agression et de destruction du système libéral cela semble difficile à envisager. Peut-on faire confiance à des régimes dictatoriaux pour organiser des échanges économiques honnêtes  et, au-delà, une véritable gouvernance raisonnable du monde ? On ne peut qu’en douter. L’affrontement est donc ouvert. Il va utiliser tous les moyens et se développer dans tous les champs. On le voit clairement en matière économique où le pouvoir chinois joue des énormes investissements engagés par les entreprises occidentales sur le territoire de la Chine. On le voit en matière monétaire avec la volonté d’utiliser de moins en moins les devises occidentales et d’organiser un système de paiements propre au bloc eurasiatique. Mais le domaine essentiel sera celui des sciences et des techniques et notamment de leurs applications militaires. La compétition en ces domaines est ouverte de longue date et ne fera que s’accentuer comme le montre la course en matière d’intelligence artificielle ou dans le domaine spatial et, plus généralement, dans tout le champ des techno-sciences où la compétition pour la prééminence est acharnée. Il faudra donc redoubler d’attention pour protéger les compétences occidentales en ces domaines. Loin d’être des champs d’action collective commune, la lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement seront des éléments de l’affrontement global. Cet affrontement sera de longue haleine. La seule question aujourd’hui est de savoir lequel des deux systèmes s’effritera le premier, les deux ayant des forces et des faiblesses. On voit bien que, lorsqu’elles sont en capacité de s’exprimer, les populations des pays totalitaires demandent la liberté et la démocratie comme l’ont montré les oppositions à Hong Kong, en Iran ou en Biélorussie. Mais la puissance coercitive des régimes totalitaires est telle que ces oppositions pacifiques et, par définition, inorganisées, n’ont guère de chances de faire changer les choses si elles ne sont pas soutenues par l’alliance des pays libres. D’où l’importance du soutien à l’Ukraine et à la Moldavie, aujourd’hui en première ligne de cette guerre. D’où l’importance de la défense de la liberté de choix pour Taiwan. D’où l’importance du soutien à la lutte des femmes partout où elles sont soumises à des régimes despotiques. Tout recul en ces domaines sera une victoire pour les puissances totalitaires. On sait bien qu’il faudrait sortir collectivement d’une logique de puissance pour affronter les problèmes communs à l’ensemble de l’Humanité. Mais on ne peut le faire aujourd’hui face à des régimes qui veulent imposer leur modèle totalitaire. Il faut donc continuer à défendre fermement les valeurs du système démocratique libéral face à cette organisation mondiale des pays anti-libéraux. Encore faut-il que les populations des pays occidentaux comprennent la situation d’affrontement dans laquelle nous nous trouvons et prennent la mesure des redoutables conséquences de cette situation que nous allons devoir gérer. Il est inquiétant de constater qu’aucun parti politique ne veut le dire clairement aujourd’hui, entretenant l’illusion que tout peut continuer comme avant alors que les équilibres du monde sont en train de changer sous nos yeux et à notre détriment. Ecrit le 15 mars 2023

Retour sur la table ronde « Ukraine : 1 an après l’invasion russe »

par L'équipe du Lab' le 25 mars 2023 Ukraine
Jeudi 23 mars, le Laboratoire de la République réunissait Jean-Louis Bourlanges, Pascal Bruckner et Christian Lequesne pour échanger sur la première année écoulée du conflit ukrainien. Cette table ronde était animée par Nathalie Krikorian-Duronsoy et présidée par Jean-Michel Blanquer. Les échanges ont permis de s'interroger sur l'impact du conflit, le rôle de l'Europe, celui des Etats-Unis ou de la Chine et à réfléchir à la recomposition des grands équilibres et de la gouvernance mondiale.
La question de l'Ukraine est importante pour le Laboratoire de la République. Cette guerre forge la nation ukrainienne. Elle pose des questions sur la République et la démocratie. Dans un premier temps, les échanges se sont concentrés sur l'Union européenne et la relative unité européenne, puis sur les enjeux géopolitiques, le rôle de la Chine, l'avenir de la Russie et la manière dont les puissances mondiales se positionnent. Cette table ronde a réuni Jean-Louis Bourlanges, président de la commission des Affaires étrangères, Pascal Bruckner, essayiste, romancier et philosophe, et Christian Lequesne, professeur de science politique à Sciences Po Paris et ancien directeur du Centre d'études et de recherches internationales. Retrouver l'intégralité de cette table ronde sur notre chaîne Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=f55rtsZP0gA Ukraine : 1 an après l'invasion russe

Retour sur notre table ronde : « Penser la Défense en République » à Lille

par L'antenne de Lille le 24 mars 2023 Intervenants_Lille
Mercredi 22 mars, l'antenne lilloise du Laboratoire de la République a organisé une table ronde sur le sujet : "Penser la Défense en République". Retour sur les échanges qui ont animé la soirée avec nos intervenants : Anne-Pascale Guedon, représentante de l'association "Avec les femmes de la Défense" et colonelle de la réserve citoyenne de l'armée de l'air, le vice-amiral Loïc Finaz, ex-directeur de l'Ecole de guerre et fondateur de la Fondation de la mer et Michel Guérin, ancien inspecteur général de la DGSI et ancien professeur à Sciences Po.
La relation entre la Défense et la République est très ancienne et importante dans notre société. Elle protège notre démocratie et nos libertés. En République, la question militaire est l'apanage des militaires mais aussi des citoyens. Il faut savoir penser les rapports de force et les enjeux de Défense dans l'univers numérique et cosmique. Dans cette table ronde, il s'agit de décloisonner les questions de Défense et les articuler dans un sens républicain. Nous avons besoin de défendre plus largement notre idéal républicain et démocratique. Il n'y a jamais de réussite de défense sans un idéal. De nombreux sujets ont été évoqués : celui du cyberespace et les moyens de la France pour lutter contre les réseaux d'influence, celui de la situation des femmes dans l'armée ou encore la vision d'une défense commune européenne... https://www.youtube.com/watch?v=_KjJNALbu1w Table-ronde : "Penser la Défense en République"

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